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2008-06-01

Quelques trucs

En vrac, comme ça...

- Quartier Libre a publié une brève plus complète sur le RECTUM, dont je parlais plus tôt, grâce à un informaticien qui ne lâche jamais son appareil-photo.
- Le RECTUM a d'ailleurs déjà fait une deuxième action. Leur restera-t-il encore des idées le mois de septembre arrivé?
- J'avais promis de publier un épisode du feuilleton de L'Archevêché à chaque vendredi. J'ai complètement oublié qu'on était vendredi hier. L'épisode est écrit depuis longtemps, mais je le mettrai en ligne demain, parce que.

ET SURTOUT:
- la fantabuleuse Julie Delporte et ses charmants collaborateurs organisent le tout premier 24 heures de BD de Montréal, qui se tient en ce moment même dans les locaux de CHOQ FM, la radio étudiante de l'UQÀM. Le résultat est assez impressionnant... et étonnant.

2008-04-10

À qui l'Université appartient-elle?

Nadia Abu El-Haj est anthropologue. Elle a écrit un livre que je n'ai pas lu, intitulé Facts on the Ground: Archeological Practice and Territorial Self-Fashioning in Israeli Society. Son père est Palestinien, mais c'est à côté de la question, et son livre parle de la pratique de l'archéologie en Israël.

"The book looked at the role of archeology in what was essentially a political project: the Biblical validation for Jewish claims to waht is now Israel", écrit Jane Kramer, dans son passionant article "The Petition", qu'on peut lire dans la dernière édition du New Yorker (14 avril 2008, en kiosque, malheureusement non disponible en ligne - mais l'article un peu drôle sur George Clooney, si).

Nadia Abu El-Haj a postulé pour une permanence à Barnard, le collège pour femmes de Columbia, à New York. Le processus qui se déroule normalement dans un calme tout à fait académique a donné lieu à un psychodrame où des gens de l'extérieur de l'Université, dont des groupes d'intérêt pro-Israël, ont tenté d'empêcher Abu El-Haj de devenir professeure.

L'article de Kramer soulève toute sorte de questions vraiment intéressantes sur l'Université. Qui appartient à la communauté universitaire? Quelle place la population en général devrait-elle avoir dans le choix des orientations de l'Université?

Et pour finir, une citation de Lee Bollinger, le président de Columbia (qui ne sort certainement pas grandi de l'article, mais bon, cette citation résume bien la question): "I strongly belive taht our profession [les professeurs, les savants] is distinct from the political profession, and the attention span of the normal world is not always suited to the kind of discussions we have here [à l'Université]."

Nadia Abu El-Haj est finalement devenue professeure permanente au mois de novembre.

Autres liens:
Fracas Erupts Over Book on Mideast by a Barnard Professor Seeking Tenure (New York Times, article publié au mois de septembre)
Who Got to Decide on Nadia Abu El-Haj’s Tenure?
(Academe Online, un article écrit par deux professeurs de l'Université de Tel Aviv)

2007-11-29

Joli air de fin du monde

(Publié dans Quartier Libre, 21 novembre 2007, p.21)

En 2006, Zviane remportait le premier concours québécois de bande dessinée pour Le point B. Un an plus tard, la jeune étudiante en musique de l’Université de Montréal revient avec La plus jolie fin du monde, un livre compilant le blogue en bande dessinée qu’elle tient depuis plus d’un an et demi.


Chaque fois que Zviane frappe l’accoudoir dans un élan d’enthousiasme, de la poussière émane du divan où elle est assise. Des élans d’enthousiasme, Sylvie-Anne Ménard en a beaucoup, à propos de tout et de n’importe quoi : son aspirateur, les BD de Jimmy Corrigan, sa maîtrise en composition instrumentale à la Faculté de musique de l’UdeM. Et aussi, bien entendu, à propos de son dernier livre, la bande dessinée La plus jolie fin du monde, publiée chez Mécanique générale.

Avant d’être un livre, La plus jolie fin du monde a été – et est toujours – un blogue, commencé en janvier 2006, où Zviane écrit et dessine son quotidien. Pour la bédéiste, l’aspect autobiographique est loin de rendre le contenu du blogue – et maintenant du livre – moins intéressant. « Au contraire, la quotidienneté, je trouve ça encore plus riche que la fiction, souligne Zviane. C’est des choses qui nous parlent directement. » La jeune auteure de 24 ans estime que le lecteur s’attache toujours plus à une histoire lorsqu’il sait que ce que vit le personnage est arrivé pour vrai. Ainsi, pour elle, tout est racontable : sa pendaison de crémaillère, un bon repas au restaurant ou, simplement, ses sentiments lorsque son chum part en voyage en France pour deux semaines – deux semaines ! « Même si ça n’a aucun intérêt comme histoire, tu vas trouver quelque chose à raconter qui va même pouvoir toucher des gens. »

Bien finir

Zviane est exactement comme elle se dessine : longues tresses brunes, lunettes et bas rayés jaune et noir. Dans son appartement, aucun lapin géant comme ceux avec qui elle s’entretient dans ses bandes dessinées – « les lapins sont dans mon imagination » – mais un chat tout noir, un piano et le bruit du métronome du fameux Maxime, dont elle parle souvent dans ses histoires.

Le blogue a été coiffé du titre La plus jolie fin du monde parce que la certitude qu’il n’y aurait bientôt plus d’humains habitait Zviane au moment où elle a commencé à le tenir. La fin étant proche, les humains devraient s’efforcer de créer de la beauté, de tout faire tout de suite, pour créer cette plus jolie fin du monde. « Ah mais man, ça finit, mais on s’en fout, puis il faut que ça finisse bien ! », s’exclame-t-elle.

Texte et dessin viennent simultanément lorsque Zviane crée une BD : mettre l’un avant l’autre équivaut à mal exploiter le médium. « Le dessin doit parler autant, sinon plus, que le texte », croit-elle. C’est pourquoi Zviane s’est mise à la bande dessinée sans texte pour ses œuvres de fiction. « C’est ce qui me fait vraiment tripper ces temps-ci. » Au plus, les personnages s’expriment-ils avec des pictogrammes. Ces bandes dessinées ont l’avantage de pouvoir être comprises dans toutes les langues. « Internet, n’importe qui va là, alors pourquoi pas ? »

Zviane faisait de la bande dessinée bien avant d’écrire et de dessiner son blogue actuel, mais elle jugeait son style peu spontané. « Je faisais toujours mes scénarios à l’avance, mon découpage, mes dialogues… » Bloguer lui aura donc permis d’aborder la bande dessinée d’une façon nouvelle. Mais attention, bloguer peut aussi créer une dépendance. Si Zviane met en ligne ses histoires parce qu’elle a envie de les raconter, les nombreux commentaires que suscitent ses bandes dessinées lui donnent envie d’en faire davantage. « Vu que j’ai plein de feedback, ça devient vraiment addictant », dit-elle avec intensité.

Musique et bande dessinée

Pour Zviane, impossible de comparer ses deux grandes passions, bande dessinée et musique contemporaine : « La composition, c'est un art dans le temps fixe. La BD, c'est un art qui est dans le temps relatif, explique-t-elle. En BD c'est toi qui contrôle le temps. Quand tu fais de la musique, c'est le temps qui te contrôle. »

Zviane estime se consacrer « plus sérieusement » à la musique qu’à la BD, « même si ça ne paraît pas de même », blague-t-elle. C'est pourquoi c'est Sylvie-Anne Ménard qui compose de la musique et Zviane qui fait de la BD, et non le contraire. « La BD, c'est comme un exutoire, c'est un à côté, c'est pour me défouler », dit celle qui affirme trouver la composition beaucoup plus difficile que la bande dessinée. « Tu te sens plus intelligent quand tu composes de la musique que quand tu fais de la BD », ajoute-t-elle en riant.

La Société de musique contemporaine du Québec lui a récemment donné l'occasion de combiner ses deux passions en lui demandant d'écrire une biographie en bande dessinée du célèbre compositeur québécois Claude Vivier. Destinée à un plus jeune public, Zviane estimait que la commande « n'était pas exactement dans ses cordes », bien qu'elle ne voie pas qui d'autre aurait pu l’écrire. Le genre biographique a cependant beaucoup plu à la bédéiste qui espère répéter l'expérience, avec une nouvelle BD sur Claude Vivier ou sur quiconque le mériterait – le compositeur Michel Longtin par exemple.

En attendant d’avoir son nom dans le Robert des noms propres (sous M, comme Ménard, espère-t-elle), Zviane sera à Expozine (à Montréal les 24 et 25 novembre). Et continue, bien entendu, à se raconter sur son blogue pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

www.zviane.com

2007-11-19

Des fois, je suis chanceuse


J'ai rencontré Zviane pour Quartier Libre.
Vous pourrez lire tout ça mercredi.



Et finalement, j'ai amputé ma chronique de la partie sur le référendum. Donc ma promesse ne sera pas tenue.



Mais je vous aime quand même. Peut-être. Enfin, vous vous reconnaissez.

2006-11-29

Chronique lecture : Histoire de la FAÉCUM 1976-2006

Marche fracturée
22 novembre (Quartier Libre, vol.14, no 7)


Belle initiative que ce retour en arrière que s’est offert la FAÉCUM pour son trentième anniversaire : dans le livre Histoire de la FAÉCUM 1976- 2006 : Une fédération en marche, l’historien Denis Gravel privilégie une approche thématique pour retracer les trente ans d’histoire de l’organisation étudiante qui sévit, diraient certains, à l’Université de Montréal. On attendait avec impatience cette histoire, question de revivre les grands et les moins grands moments de l’existence de la Fédération. On espérait comprendre, à partir des gens qui ont fait les petites histoires de cette petite fédération, la grande histoire du mouvement étudiant.

Cette mission échoue. On énumère les événements, on les met en contexte, on les dissèque, mais on ne les revit absolument pas. Très peu de place est laissée à l’humain dans cette histoire. À cause de l’approche thématique – très réussie au plan historique – on perd toute perspective des évènements les uns par rapport aux autres : il n’y a pas de sentiment d’effervescence, le tout est présenté bien froidement. On pense notamment au traitement des années 1995-96 : états généraux sur l’éducation, référendum sur la souveraineté du Québec, menaces de dégel des frais de scolarité… La perspective thématique empêche de souligner le synchronisme de ces évènements et, du même coup, de comprendre l’esprit qui animait ces années.

Bien peu de petites histoires et d’anecdote dans cette Histoire. C’est regrettable, surtout quand on pense que l’hommerie joue beaucoup dans les relations entre les différents groupes étudiants et que d’anecdotes datant d’il y a bien longtemps jouent parfois dans des désaffiliations bien actuelles. À ce titre, on regrette aussi qu’il n’y ait un aucune mention de l’affaire Yenny Vega Cardenas en 2005. On se souviendra qu’à l’aube de la grève étudiante, le Bureau exécutif de la FAÉCUM avait convoqué un Congrès spécial pour demander aux associations étudiantes de destituer la coordonnatrice aux affaires académiques de cycles supérieurs, Yenny Cardenas. Si le Congrès n’obtempérait pas, le reste du Bureau exécutif démissionnerait. On n’entrera pas dans les détails, mais on aurait aimé revivre ces moments de tension dans le livre de Denis Gravel, peut-être un peu trop humains pour son oeil d’historien.
Humaniser l’histoire de la FAÉCUM aurait pourtant permis de la rendre plus vivante et plus intéressante pour tous ces étudiants de l’Université de Montréal qui ne connaissent pas la Fédération et ne souhaitent pas particulièrement la connaître. À ceux-là, on recommande plutôt l’Histoire de la FAÉCUM écrite par Éric Bédard en 1993 qui, si elle est biaisée, présente néanmoins le net avantage de parler des humains qui ont fait la FAÉCUM plutôt que de l’institution en tant qu’institution. Aux initiés, aux délégués qui se présentent à tous les Conseils centraux de la FAÉCUM et aux gens du Bureau exécutif, on recommande vivement le livre de Gravel, qui, malgré tout, présente un historique tout à fait pertinent des différents enjeux auxquels la FAÉCUM s’intéresse souvent encore aujourd’hui.