Chaque fois que Zviane frappe l’accoudoir dans un élan d’enthousiasme, de la poussière émane du divan où elle est assise. Des élans d’enthousiasme, Sylvie-Anne Ménard en a beaucoup, à propos de tout et de n’importe quoi : son aspirateur, les BD de Jimmy Corrigan, sa maîtrise en composition instrumentale à la Faculté de musique de l’UdeM. Et aussi, bien entendu, à propos de son dernier livre, la bande dessinée La plus jolie fin du monde, publiée chez Mécanique générale.
Avant d’être un livre, La plus jolie fin du monde a été – et est toujours – un blogue, commencé en janvier 2006, où Zviane écrit et dessine son quotidien. Pour la bédéiste, l’aspect autobiographique est loin de rendre le contenu du blogue – et maintenant du livre – moins intéressant. « Au contraire, la quotidienneté, je trouve ça encore plus riche que la fiction, souligne Zviane. C’est des choses qui nous parlent directement. » La jeune auteure de 24 ans estime que le lecteur s’attache toujours plus à une histoire lorsqu’il sait que ce que vit le personnage est arrivé pour vrai. Ainsi, pour elle, tout est racontable : sa pendaison de crémaillère, un bon repas au restaurant ou, simplement, ses sentiments lorsque son chum part en voyage en France pour deux semaines – deux semaines ! « Même si ça n’a aucun intérêt comme histoire, tu vas trouver quelque chose à raconter qui va même pouvoir toucher des gens. »
Bien finirZviane est exactement comme elle se dessine : longues tresses brunes, lunettes et bas rayés jaune et noir. Dans son appartement, aucun lapin géant comme ceux avec qui elle s’entretient dans ses bandes dessinées – « les lapins sont dans mon imagination » – mais un chat tout noir, un piano et le bruit du métronome du fameux Maxime, dont elle parle souvent dans ses histoires.
Le blogue a été coiffé du titre La plus jolie fin du monde parce que la certitude qu’il n’y aurait bientôt plus d’humains habitait Zviane au moment où elle a commencé à le tenir. La fin étant proche, les humains devraient s’efforcer de créer de la beauté, de tout faire tout de suite, pour créer cette plus jolie fin du monde. « Ah mais man, ça finit, mais on s’en fout, puis il faut que ça finisse bien ! », s’exclame-t-elle.
Texte et dessin viennent simultanément lorsque Zviane crée une BD : mettre l’un avant l’autre équivaut à mal exploiter le médium. « Le dessin doit parler autant, sinon plus, que le texte », croit-elle. C’est pourquoi Zviane s’est mise à la bande dessinée sans texte pour ses œuvres de fiction. « C’est ce qui me fait vraiment tripper ces temps-ci. » Au plus, les personnages s’expriment-ils avec des pictogrammes. Ces bandes dessinées ont l’avantage de pouvoir être comprises dans toutes les langues. « Internet, n’importe qui va là, alors pourquoi pas ? »
Zviane faisait de la bande dessinée bien avant d’écrire et de dessiner son blogue actuel, mais elle jugeait son style peu spontané. « Je faisais toujours mes scénarios à l’avance, mon découpage, mes dialogues… » Bloguer lui aura donc permis d’aborder la bande dessinée d’une façon nouvelle. Mais attention, bloguer peut aussi créer une dépendance. Si Zviane met en ligne ses histoires parce qu’elle a envie de les raconter, les nombreux commentaires que suscitent ses bandes dessinées lui donnent envie d’en faire davantage. « Vu que j’ai plein de feedback, ça devient vraiment addictant », dit-elle avec intensité.
Musique et bande dessinéePour Zviane, impossible de comparer ses deux grandes passions, bande dessinée et musique contemporaine : « La composition, c'est un art dans le temps fixe. La BD, c'est un art qui est dans le temps relatif, explique-t-elle. En BD c'est toi qui contrôle le temps. Quand tu fais de la musique, c'est le temps qui te contrôle. »
Zviane estime se consacrer « plus sérieusement » à la musique qu’à la BD, « même si ça ne paraît pas de même », blague-t-elle. C'est pourquoi c'est Sylvie-Anne Ménard qui compose de la musique et Zviane qui fait de la BD, et non le contraire. « La BD, c'est comme un exutoire, c'est un à côté, c'est pour me défouler », dit celle qui affirme trouver la composition beaucoup plus difficile que la bande dessinée. « Tu te sens plus intelligent quand tu composes de la musique que quand tu fais de la BD », ajoute-t-elle en riant.
La Société de musique contemporaine du Québec lui a récemment donné l'occasion de combiner ses deux passions en lui demandant d'écrire une biographie en bande dessinée du célèbre compositeur québécois Claude Vivier. Destinée à un plus jeune public, Zviane estimait que la commande « n'était pas exactement dans ses cordes », bien qu'elle ne voie pas qui d'autre aurait pu l’écrire. Le genre biographique a cependant beaucoup plu à la bédéiste qui espère répéter l'expérience, avec une nouvelle BD sur Claude Vivier ou sur quiconque le mériterait – le compositeur Michel Longtin par exemple.
En attendant d’avoir son nom dans le Robert des noms propres (sous M, comme Ménard, espère-t-elle), Zviane sera à Expozine (à Montréal les 24 et 25 novembre). Et continue, bien entendu, à se raconter sur son blogue pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.
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