2008-06-25

Berg, le feuilleton #6

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Chose promise, chose due, voici le sixième épisode du feuilleton de L'Archevêché

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Le professeur Gunda Bohr avait finalement réussi à localiser Lionel Michelin en usant de toute la persuasion dont elle était capable auprès du webmestre d’un site d’échecs et d'un vieil ami qui travaillait pour la section des crimes informatiques de Scotland Yard, qui avait contourné les règles pour lui permettre de découvrir où habitaient les Michelin. Gunda avait rencontré Gregory Baxter pendant ces lointaines années où elle s’était passionnément consacrée à l’informatique. Car les sciences cognitives n’étaient qu’un accident de parcours pour le professeur Gunda Bohr. Nous y reviendrons.

Bohr abhorrait l’avion. Elle avait une peur bleue de mourir dans un écrasement. Ses amis, scientifiques, la trouvaient bien ridicule : elle conduisait sa caravane-laboratoire en cow-boy et risquait sa vie bien davantage en empruntant les routes que si elle s’était déplacée par la voie des airs. Les statistiques étaient d’ailleurs sans appel.

Mais au moins, pensait Bohr, si je meurs en caravane, ce sera de ma faute. Si je meurs en avion, c’est hors de mon contrôle, c’est imprévisible. Ma vie sera finie, je n’aurai presque rien fait, j’aurai eu la gloire, pour rien, comme ça, parce que j’ai été jeune et brillante, mais je n’aurai contribué à rien, pour vrai. Je n’aurai rien vécu. Et je serai morte.

Salomon Berg sait bien que Gunda Bohr ne mourra pas avant d’avoir eu une flopée de petits-enfants et de s’être recyclée en auteure de romans jeunesse à cheveux blancs. Mais Gunda n’a pas encore rencontré Salomon Berg et, de toute façon, ce n’est pas comme si Salomon Berg allait lui dire ce qui allait se passer. Si loin dans le futur. Elle n’a pas besoin de savoir que ses petits-enfants ne sont pas ceux de Berg.

Le professeur Gunda Bohr emprunta donc des routes montagneuses, des routes sinueuses, des routes en ligne droite, des routes plates, des routes désertes, des routes avec beaucoup de trafic, des routes à péage, des routes privées, des routes publiques, des routes de campagne, des routes urbaines. Elle se perdit quelques fois, mais jamais très longtemps. Elle se fit draguer par un camionneur dans une halte routière, il avait une jeune femme nue tatouée sur le bras, Gunda se contenta d’éclater de rire. Gunda ne pouvait pas regarder des tatouages sans imaginer ce qu’ils deviendraient lorsque leur porteur deviendrait gros et vieux et ratatiné, alors la jolie jeune femme nue ressemblerait plutôt à une grosse vache déformée, peut-être la jeune femme du tatouage et elle perdraient-elles leurs formes de jeune fille au même rythme, peut-être si elle revoyait le camionneur tatoué dans quelques années, le regard dégoûté qu’elle poserait sur le tatouage serait le même qu’elle poserait sur elle-même.

Encore une fois, Salomon Berg aurait pu la rassurer.

Le professeur Gunda Bohr s’arrêta dans des motels, dans des hôtels, elle dormit sur la couchette de la section laboratoire de la caravane, elle passa quelques nuits blanches, elle coucha avec un étudiant allemand expatrié. Elle mangea beaucoup de fast-food, parfois des pâtes, beaucoup de biscuits achetés dans les haltes routières. Elle écouta les Beatles et Britney Spears et les Clash et Madonna et Jacques Brel et Cyndi Lauper et aussi les Shins. Ses assistants n’étaient pas là pour rire d’elle, pourquoi se serait-elle privée?

Enfin, elle arriva.

Il était tard, elle ne savait pas dans quelle maison chercher, elle n’aimait pas trop aller au-devant des inconnus, surtout tard le soir, s’ils venaient vers elle, ça allait, mais bon, il fallait faire un effort, c’était ce qu’elle n’aimait pas tellement de son travail. Elle aimait le voyage, la rencontre, l’inconnu, mais elle avait terriblement peur de déranger.

Elle sortit de la caravane laboratoire comme on descend d’un navire. Elle ne sortait pas, elle débarquait. Elle sentit avec plaisir l’air chaud du soir d’été sur ses jambes. Elle roulait depuis plusieurs jours et ses jambes étaient tout engourdies. C’était une de ces journées de juillet, collantes du début jusqu’à la toute fin. Les jambes de Gunda reprenaient vie peu à peu et elle eut envie de courir, elle n’était pas très sportive, elle avait une mauvaise toux de fumeur, mais elle avait envie de sentir l’air filer contre son visage, de sentir ses jambes se délier, de sentir ses pieds pousser pour s’éloigner du sol. Elle ne courait pas très vite, ni très longtemps, mais quand elle courait, Gunda se sentait comme une gazelle. Après à peine une minute, Gunda s’arrêta, haletante, devant une petite maison rouge, entourée d’une petite clôture blanche.

Sur la clôture, un gamin d’à peu près douze ans, peut-être moins, la regardait sans la moindre trace de surprise.

Gunda était déstabilisée : elle causait toujours surprise et émoi et curiosité par son arrivée dans ce genre d’endroit, avec ses robes à fleurs et ses bottes d’armée, ses petites lunettes et ses sarraus. Car le sarrau était son costume de super héros, il ne la quittait jamais quand elle était en mission.

Le garçon la regardait fixement sans se troubler le moins du monde. Il semblait s’apprêter à lui parler, mais il n’avait fait aucun geste pour l’arrêter ou la retenir, comme s’il savait qu’elle allait s’arrêter de courir à cet endroit précis. Comme s’il l’attendait. Il allait lui parler, mais il ne se pressait pas. En attendant, c’était un jeu de tu-me-tiens-par-la-barbichette pour savoir qui céderait en premier, et il ne fallait pas être Salomon Berg pour savoir que Gunda serait la moins patiente des deux.

« Salut, je m’appelle Gunda, lança-t-elle lorsque l’attente fut devenue intenable (c’est-à-dire, au bout d’une minute...).
- Oh, je sais, mais je ne crois pas que ma mère va être très heureuse de vous voir débarquer ici, professeur Bohr, répondit le garçon avec un sourire. »

2008-06-20

Plus ça change...

L'Archevêché a toujours trouvé un peu facile - et donc vaguement inutile - de chercher les fautes d'orthographe dans les documents de la FAÉCUM. L'auteure de ces lignes n'est elle-même pas à l'abri de l'erreur occasionnelle. On se rappellera que d'autres en avaient fait un des enjeux majeurs de la campagne électorale faécumienne au printemps 2007.

Mais le texte de la FAÉCUM imprimé au dos du programme de la soirée de fermeture du Centre d'essai était non seulement criblé de fautes, mais aussi vaguement incompréhensible.

L'Archevêché a souligné les erreurs les plus évidentes pour le plus grand bonheur - on l'espère - de ses lecteurs.

Berg, le feuilleton #5

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Chose promise, chose due, voici le cinquième épisode du feuilleton de L'Archevêché.

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Salomon Berg regarde par la fenêtre de sa cuisine, dépose le couteau qu’il tenait dans sa main droite.

Rien n’a changé. L’air du soir n’a pas bougé. Et pourtant, tout a changé.

Gunda est arrivée.

Depuis l’enfance, il se répète, juste pour lui-même, une série de faits divers sur le professeur Gunda Bohr.

Elle a des cheveux brun-roux qui bouclent sur ses épaules. Elle a de petites lunettes rondes qui lui donnent l’air d’une gamine sérieuse. Elle arriverait aux épaules de Salomon Berg s’ils se trouvaient côte à côte, ce qui ne s’est jamais produit. Toute une litanie de faits, toute une série de mots, qu’il n’arrive pas à transposer sur un visage.

Elle a un petit nez retroussé, il le sait, il ne le voit pas. Elle a une odeur de cannelle et de fonds de cendrier, il le sait, mais il ne la sent pas. Sa peau devient soudainement douce dans le bas de son dos, juste au-dessus de ses fesses, mais elle est toute rugueuse juste au-dessus du coude, il le sait, mais il ne la touche pas.

Gunda est arrivée, il le sait, mais il n’est pas étonné. Rien ne l’étonne parce qu’il est Berg. Mais il n’a qu’une seule certitude : pour une fois, quelque chose va se passer, et il sera étonné. Il ne sera pas étonné d’être étonné, mais étonné il sera, il en est sûr. Oh, il sait très bien ce qui va se passer. Mais il ne le sent pas.

Il fait sombre de l’autre côté de la fenêtre de la cuisine. Salomon Berg se sent en sécurité dans la lumière électrique de sa maison. Dehors, au loin, il y a la lumière de la maison des Michelin, qui éclaire faiblement deux formes humaines, une plus petite et une plus grande, un garçon et une jeune femme, Lionel et Gunda.

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2008-06-19

Adieu, Centre d'essai

Soirée douce amère au Centre d'essai de l'Université de Montréal... Les étudiants des différentes troupes associées au pratiquement défunt Service des activités culturelles ont effectué un dernier tour de piste devant le public conquis d'avance qui s'entassait dans la petite salle de spectacles de l'UdeM.

Car c'en est fini du Centre d'essai. Plus de TUM, plus de DUM, plus de chant populaire. Même plus de location de salles. "Le Centre d'essai sera fermé à toute utilisation à compter du 23 juin", peut-on lire dans le programme de la soirée.

La dernière cigarette du condamné

"On garde tous espoir que le Centre d'essai rouvre, assure un des acteurs du TUM, François-Xavier. On a fait ça parce qu'on voulait souligner l'événement, même si c'est triste." Ce constat était d'ailleurs partagé par la plupart des artistes avec qui L'Archevêché a discuté après le spectacle. "Je refuse d'y croire! Je veux pas que ça ferme!" s'est exclamée une autre actrice, Marianna.

Les quelque 200 personnes qui s'étaient déplacées - un 19 juin - pour l'occasion ont un droit à un spectacle multidisciplinaire, mêlant théâtre, danse et chant. Avec moins de trois jours de préparation, 30 artistes ont offert un "melting-pot" des spectacles les plus récents des différentes troupes. "C'est une treat qu'on s'est faite", indique François-Xavier. Le tout, agrémenté de commentaires critiques à l'endroit de l'administration de l'Université, d'exclamations de tristesse à l'idée de la fermeture du Centre d'essai et, en filigrane, beaucoup, beaucoup de souvenirs. "On a vécu tellement de choses dans cette salle. On voulait pas la laisser se fermer comme ça", souligne Cyril, un acteur du TUM.

Une spectatrice, qui a requis l'anonymat, déplore toutefois la faible portée d'un tel événement. "Pourquoi essayer de convaincre des gens déjà convaincus?" L'étudiante estime aussi que la FAÉCUM a fait peu d'efforts de mobilisation dans le but de mobiliser les étudiants. Francis Hogue, le nouveau secrétaire général de la FAÉCUM, répond "avoir fait tout ce qu'il était possible de faire". Cyril reconnaît que l'événement a une portée limitée, mais souligne le fait exceptionnel d'avoir réuni "30 étudiants sur scène et une salle quasi comble à cette époque de l'année".

Absence de direction

Les sièges réservés aux membres de la direction de l'UdeM sont restés vides, même si des invitations leur avaient été adressées. "Je vous remercie pour votre aimable invitation, je ne pourrai malheureusement pas être présent jeudi prochain", a écrit Alexandre Chabot, vice-recteur adjoint, Vie étudiante, dans une lettre publiée dans le programme de la soirée.

Cette lettre offre un début d'explication pour la fermeture du Centre d'essai. "Nous avons regardé toutes les avenues possibles, il ne peut y avoir qu'une solution viable à long terme, soit une augmentation de la contribution étudiante au financement des services. (...) Sans l'accord des associations étudiantes, il nous est donc impossible, compte tenu du contexte budgétaire de l'Université, d'assurer le niveau de financement nécessaire à l'ensemble des SAÉ en général et au SAC en particulier."

Francis Hogue croit pour sa part que l'Université a l'argent pour maintenir les services, avec les hausses des frais de scolarité et des frais afférents, les transferts fédéraux et le réinvestissement du provincial. "La direction essaye de nous faire porter le fardeau des coupures pour nous faire accepter des hausses de frais plus importantes que ce qu'ils ont le droit d'aller chercher", soutient-il. Il assure que la FAÉCUM a pour objectif de sauver les services.

L'Université et les associations étudiantes ont jusqu'au 10 octobre 2008 pour s'entendre.

Adieu, Centre d'essai

Ce soir, avait lieu la dernière représentation ever au Centre d'essai de l'Université de Montréal. Un compte-rendu détaillé suivra quand j'aurai fait le ménage dans mes notes.

2008-06-18

Berg, le feuilleton #4

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Pascal a raison. Je suis en train de choker. Mais bon, je mets l'épisode 4 ici, sans vraiment le relire, sinon je vais m'arracher les cheveux de la tête, promis.

Je vous reviens vendredi avec l'épisode 5, où Gunda finit par arriver. Oui, oui.

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Le professeur Gunda Bohr avait eu du mal à trouver Lionel Michelin. Il avait un nom français, mais il ne vivait pas en France. Il ne sortait jamais de chez lui, ses correspondances se faisaient toutes par courriel. Personne ne l’avait jamais vu.

Bohr avait contacté ses deux petits joueurs d’échecs prodiges précédents pour savoir s’ils connaissaient Lionel. Ils en avaient tout deux entendus parler. Le premier, un garçon de 13 ans que la puberté commençait à troubler, rêvait de se mesurer au jeune Michelin, en ligne si nécessaire. « Je vais l’écraser, écrivit-il dans un courriel plein de testostérone. Après moi, il n’aura qu’une envie, rester caché dans son village, tellement il aura honte de la défaite que je lui aurai infligée. »

L’autre avait peut-être joué les coqs, autrefois. Mais il avait eu la chance, si c’en est une, de se mesurer à Lionel. Il n’avait fallu que quelques minutes à Lionel pour détruire, littéralement, le garçon à lunettes qu’elle avait rencontré à La Paz quelques mois auparavant. En prenant connaissance du courriel envoyé par le professeur Bohr, la mère du garçon l’avait appelée pour la tancer vertement. Son fils venait de reprendre confiance en lui, il allait recommencer à participer à des tournois après l’humiliation qu’il avait subie, mais à cause du courriel de Gunda, il avait recommencé à faire des cauchemars, à faire pipi au lit, et toutes ces choses qui arrivent aux garçons qui n’ont pas confiance en eux d’avance et qui, poussés par une maman qui croit qu’ils sont les meilleurs, se retrouvent seuls face à la triste réalité de la vie : ils ne le sont pas.

Après le coup de téléphone de la mère, Gunda avait pensé aller travailler avec des singes ou des dauphins, mais il était un peu trop tard pour se réorienter en zoologie. Soupir.

Gunda n’était pas la plus grande fan des êtres humains.

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2008-06-03

Varia

Un petit mot pour vous dire que j'ai collaboré avec Manuel Canévet, qui blogue sur l'enseignement supérieur en France, pour un petit post sur les personnalités du monde de l'éducation sur Facebook.

Ce n'est pas encore en ligne, mais vous pourrez lire ça ici.

Ajout 4 juin 12h32: C'est finalement en ligne. Juste vous aviser que j'ai vraiment écrit ma partie à la butch, alors j'ai un peu écrit tout ce qui me passait par la tête, ce qui n'est pas toujours une bonne chose. Mais bon, c'est fait, c'est fait. Sinon, allez visiter le blogue de Manuel quand même, ça vaut la peine.

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Oh et je suis vraiment tannée du layout de mon blogue. Ça se peut que je joue un peu avec ça aujourd'hui. Merci de votre compréhension. (Finalement j'ai seulement augmenté la taille du texte. Je deviens vieille)

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Ah et la fille du dernier kilomètre va être dans un épisode de Bang Bang TV, pour les 24 heures de la BD de Montréal (si vous avez manqué ça, les planches sont encore en ligne).
Elle est si charmante dans la vidéo que je ne peux résister à la poster ici aussi. D'ailleurs, la fille de L'Archevêché la félicite pour le vraiment bel événement.