Éditorial paru dans Quartier Libre, volume 14, numéro 13, page 3.
1. Les tiers partis, leur pertinence. Quartier Libre clôt, dans cette parution, la série électorale commencée au
numéro 12. Ayant déjà interviewé des représentants du Parti libéral du Québec et du Parti québécois (l’Action démocratique du Québec n’a pas répondu à nos appels),
Marie-Michèle Giguère s’entretient à présent avec Françoise David, porte-parole de Québec solidaire, et avec Scott McKay, chef du Parti vert du Québec (page 13). Les derniers sondages, permettant de croire à une lutte à trois entre le PLQ, le PQ et l’ADQ, laissent penser que les présentes élections pourraient être celles de l’émergence de l’ADQ. S’il y a une leçon à tirer de cette tendance de mi-campagne, c’est probablement celle de la pertinence des tiers partis.
Un argument souvent utilisé par les partis bien établis pour décourager les électeurs de voter pour un tiers parti est celui du vote gaspillé. Si vous votez pour un tiers parti, vous seriez l’artisan de la victoire d’un parti concurrent : «Voter QS, c’est voter PLQ», disent certains. Or, si les électeurs ne votent pas pour le parti qui correspond le plus à leurs aspirations, quelles qu’elles soient, ils courent le risque de ne jamais voir leurs convictions bien représentées au Parlement. Il faut commencer quelque part. Voter pour Québec solidaire ou pour le Parti vert, c’est peut-être comme voter pour le Parti Québécois en 1970 : ce dernier n’avait alors fait élire que sept députés, mais, quelques années plus tard, sa présence menait à la dissolution de l’Union nationale. Même chose du côté de l’ADQ qui, après plusieurs années passées dans l’ombre des grands partis, semble appelé à devenir un parti «principal» lui aussi. Or, si les militants de la première du PQ et de l’ADQ n’avaient pas voté en suivant leurs convictions, ces partis ne connaîtraient pas le succès qu’ils connaissent présentement. Il faut penser à long terme.
Les tiers partis sont pertinents, pour la simple et bonne raison que les partis mainstream ont à peu près tous d’abord été des petits partis. Émergera, émergera pas? C’est l’avenir – bien au-delà du 26 mars – qui le dira.
2. La FAÉCUM, ses élections. Le 26 mars, les Québécois iront aux urnes pour choisir leur nouveau gouvernement. Quelques heures plus tôt, le 25 mars, dans la nuit, le nouveau Bureau exécutif de la FAÉCUM aura été choisi par les délégués des associations étudiantes réunies en Congrès. Cependant, si, depuis quelques semaines, Quartier Libre s’affaire à vous présenter les différents candidats, ce n’est pas pour vous aider, étudiants membres de la FAÉCUM, à faire un vote éclairé. Car vous ne voterez pas. Il en va de la nature même de la FAÉCUM : il s’agit d’une fédération où ce sont les délégués des différentes associations étudiantes qui votent. Certaines associations représentent leurs membres en prenant position en assemblée générale avant d’aller dans les instances de la FAÉCUM; d’autres se basent simplement sur un principe de représentativité : nous étudions dans le même programme, nos idées doivent bien se ressembler un peu.
Cependant, ces beaux principes s’écroulent lorsque vient le temps de choisir un Bureau exécutif. Les candidats ne représentent souvent pas des idées, puisque les officiers se doivent d’exécuter les positions prises par les associations étudiantes dans les instances de la Fédération. Ne représentant pas d’idées ni de tendances particulières, les candidats en sont donc réduits à faire campagne sur leur compétence et leur personnalité. Les délégués choisissent donc souvent les officiers en se basant sur leur connaissance personnelle des candidats, parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement.
Les campagnes à la FAÉCUM seraient autrement plus intéressantes si c’était la population étudiante au sens large qui choisissait le Bureau exécutif. Puisqu’il s’agit de toute façon de campagnes de personnalité, il pourrait être pertinent de voir si les candidats sont capables de convaincre les étudiants en général de leur candidature. Aussi, les campagnes seraient moins prévisibles – plus difficile de prévoir le vote de 33 000 étudiants que de quelques centaines de délégués (les chiffres sont optimistes dans les deux cas) – ce qui amènerait peut-être plus de candidats à tenter leur chance et, donc, une plus grande diversité de visions de la FAÉCUM à être explorées. Au moins, cette année, il y a deux candidats pour deux des postes, ceux de coordonnateur aux affaires universitaires et de coordonnateur aux affaires externes. Au moins, les délégués auront eu le choix.
J’ai souvent entendu des représentants d’association étudiante et même des officiers de la FAÉCUM se plaindre de la difficulté de communiquer avec les membres individuels de la FAÉCUM et de les faire « embarquer » dans les grandes campagnes. Peut-être que les étudiants se sentiraient plus impliqués dans les affaires faécumiennes s’ils choisissaient eux-mêmes leurs candidats. S’ils voyaient des lieux pour voter un peu partout sur le campus, peut-être s’arrêteraient-ils pour le faire. Et peut-être, qu’ayant voté, ils s’intéresseraient à ce que ceux qu’ils ont choisi font pour eux.
3. À propos de la difficulté pour la FAÉCUM de communiquer avec ses membres. On pense notamment au quasi échec de la campagne sur les frais technologiques de cette année : miraculeusement, il y aura eu des gains, même si les étudiants ont très peu participé à la campagne. Le rectorat aura fait le meilleur pari en choisissant de transformer les frais technologiques en cotisation automatique non obligatoire : voyant que l’étudiant lambda (pour parler comme mon collègue Clément Sabourin) se foutait éperdument de payer 60 $ de plus, la direction a pensé satisfaire la poignée d’étudiants qui manifestait bruyamment contre les frais technologiques en leur permettant de se retirer. Leur bec cloué par certaines des clauses du contrat qui les lient (voir l’article de Normand Forgues-Roy en page 5), tout le monde est content, bonne journée. On passe à un autre appel.