2007-11-29

Joli air de fin du monde

(Publié dans Quartier Libre, 21 novembre 2007, p.21)

En 2006, Zviane remportait le premier concours québécois de bande dessinée pour Le point B. Un an plus tard, la jeune étudiante en musique de l’Université de Montréal revient avec La plus jolie fin du monde, un livre compilant le blogue en bande dessinée qu’elle tient depuis plus d’un an et demi.


Chaque fois que Zviane frappe l’accoudoir dans un élan d’enthousiasme, de la poussière émane du divan où elle est assise. Des élans d’enthousiasme, Sylvie-Anne Ménard en a beaucoup, à propos de tout et de n’importe quoi : son aspirateur, les BD de Jimmy Corrigan, sa maîtrise en composition instrumentale à la Faculté de musique de l’UdeM. Et aussi, bien entendu, à propos de son dernier livre, la bande dessinée La plus jolie fin du monde, publiée chez Mécanique générale.

Avant d’être un livre, La plus jolie fin du monde a été – et est toujours – un blogue, commencé en janvier 2006, où Zviane écrit et dessine son quotidien. Pour la bédéiste, l’aspect autobiographique est loin de rendre le contenu du blogue – et maintenant du livre – moins intéressant. « Au contraire, la quotidienneté, je trouve ça encore plus riche que la fiction, souligne Zviane. C’est des choses qui nous parlent directement. » La jeune auteure de 24 ans estime que le lecteur s’attache toujours plus à une histoire lorsqu’il sait que ce que vit le personnage est arrivé pour vrai. Ainsi, pour elle, tout est racontable : sa pendaison de crémaillère, un bon repas au restaurant ou, simplement, ses sentiments lorsque son chum part en voyage en France pour deux semaines – deux semaines ! « Même si ça n’a aucun intérêt comme histoire, tu vas trouver quelque chose à raconter qui va même pouvoir toucher des gens. »

Bien finir

Zviane est exactement comme elle se dessine : longues tresses brunes, lunettes et bas rayés jaune et noir. Dans son appartement, aucun lapin géant comme ceux avec qui elle s’entretient dans ses bandes dessinées – « les lapins sont dans mon imagination » – mais un chat tout noir, un piano et le bruit du métronome du fameux Maxime, dont elle parle souvent dans ses histoires.

Le blogue a été coiffé du titre La plus jolie fin du monde parce que la certitude qu’il n’y aurait bientôt plus d’humains habitait Zviane au moment où elle a commencé à le tenir. La fin étant proche, les humains devraient s’efforcer de créer de la beauté, de tout faire tout de suite, pour créer cette plus jolie fin du monde. « Ah mais man, ça finit, mais on s’en fout, puis il faut que ça finisse bien ! », s’exclame-t-elle.

Texte et dessin viennent simultanément lorsque Zviane crée une BD : mettre l’un avant l’autre équivaut à mal exploiter le médium. « Le dessin doit parler autant, sinon plus, que le texte », croit-elle. C’est pourquoi Zviane s’est mise à la bande dessinée sans texte pour ses œuvres de fiction. « C’est ce qui me fait vraiment tripper ces temps-ci. » Au plus, les personnages s’expriment-ils avec des pictogrammes. Ces bandes dessinées ont l’avantage de pouvoir être comprises dans toutes les langues. « Internet, n’importe qui va là, alors pourquoi pas ? »

Zviane faisait de la bande dessinée bien avant d’écrire et de dessiner son blogue actuel, mais elle jugeait son style peu spontané. « Je faisais toujours mes scénarios à l’avance, mon découpage, mes dialogues… » Bloguer lui aura donc permis d’aborder la bande dessinée d’une façon nouvelle. Mais attention, bloguer peut aussi créer une dépendance. Si Zviane met en ligne ses histoires parce qu’elle a envie de les raconter, les nombreux commentaires que suscitent ses bandes dessinées lui donnent envie d’en faire davantage. « Vu que j’ai plein de feedback, ça devient vraiment addictant », dit-elle avec intensité.

Musique et bande dessinée

Pour Zviane, impossible de comparer ses deux grandes passions, bande dessinée et musique contemporaine : « La composition, c'est un art dans le temps fixe. La BD, c'est un art qui est dans le temps relatif, explique-t-elle. En BD c'est toi qui contrôle le temps. Quand tu fais de la musique, c'est le temps qui te contrôle. »

Zviane estime se consacrer « plus sérieusement » à la musique qu’à la BD, « même si ça ne paraît pas de même », blague-t-elle. C'est pourquoi c'est Sylvie-Anne Ménard qui compose de la musique et Zviane qui fait de la BD, et non le contraire. « La BD, c'est comme un exutoire, c'est un à côté, c'est pour me défouler », dit celle qui affirme trouver la composition beaucoup plus difficile que la bande dessinée. « Tu te sens plus intelligent quand tu composes de la musique que quand tu fais de la BD », ajoute-t-elle en riant.

La Société de musique contemporaine du Québec lui a récemment donné l'occasion de combiner ses deux passions en lui demandant d'écrire une biographie en bande dessinée du célèbre compositeur québécois Claude Vivier. Destinée à un plus jeune public, Zviane estimait que la commande « n'était pas exactement dans ses cordes », bien qu'elle ne voie pas qui d'autre aurait pu l’écrire. Le genre biographique a cependant beaucoup plu à la bédéiste qui espère répéter l'expérience, avec une nouvelle BD sur Claude Vivier ou sur quiconque le mériterait – le compositeur Michel Longtin par exemple.

En attendant d’avoir son nom dans le Robert des noms propres (sous M, comme Ménard, espère-t-elle), Zviane sera à Expozine (à Montréal les 24 et 25 novembre). Et continue, bien entendu, à se raconter sur son blogue pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

www.zviane.com

0 commentaires: