2007-09-04

Du mouvement, étudiants! #1: Le mouvement étudiant expliqué aux enfants

(Paru dans Quartier Libre, volume 15, numéro 1, page 4, le 29 août 2007)

Le 19 août, des associations étudiantes de tous les horizons se réunissaient autour d’un raisonnement assez simple : qu’on soit pour la gratuité scolaire – comme l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) –, pour le gel des frais de scolarité – comme la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) – ou pour l’indexation des frais de scolarité au coût de la vie – comme un certain nombre d’associations étudiantes reliées à des facultés d’administration –, on est farouchement opposé au dégel des frais de scolarité tel que décidé par le gouvernement libéral de Jean Charest.

Des représentants de quelques dizaines d’associations – de l’Association étudiante de l’École de gestion de l’UQÀM à la Association facultaire de sciences humaines de l’UQÀM (AFESH), en passant notre chère FAÉCUM – boudaient le temps ensoleillé qui régnait à l’extérieur pour discuter dans un gymnase de l’UQÀM d’une éventuelle coalition. Cette coalition ne serait pour rien en particulier, mais certainement contre le dégel des frais de scolarité « tel que proposé ». Vous l’aurez noté, même pas question d’être absolument opposé à un dégel des frais de scolarité. Une coalition réunie autour d’une « position minimale », autour d’un rejet.

Réunir ainsi des associations pro-gel et pro-gratuité est voué d’avance à l’échec – on en saura davantage le 6 octobre lors de l’assemblée constituante de la coalition.

L’une des plus grandes peurs de tout militant assis à la gauche de la FEUQ est de voir son mouvement (pur produit du syndicalisme de combat) récupéré par ladite FEUQ. Or, un mouvement qui n’est pour rien, mais seulement contre quelque chose, est le plus aisément « récupérable ».

Si un rapport de force est effectivement construit avec le gouvernement, il faudra bien éventuellement demander quelque chose. S’il est gentil, le gouvernement demandera : Vous voulez quoi, alors? Alors... on se retrouvera avec le même problème, mais quelques mois plus tard. Alors il y aura effectivement récupération du mouvement : les étudiants n’auront pas le choix de choisir une des trois options citées plus haut comme revendication. Et le mouvement aura été récupéré par les tenants de cette revendication (nous devinons que les partisans du gel gagneront la partie au sein de la coalition du 19 août, puisque les associations présentes étaient en grande majorité membres de la FEUQ).

Au moins, peut-être, les étudiants réussiront-ils ainsi à obtenir un « gain ». Un gain, quel qu’il soit, serait, somme toute, mieux que rien, disent certains.

(Il sera d’ailleurs intéressant de décider ce qu’est un gain, puisqu’il n’y a rien de quantifiable dans une revendication comme « pas le dégel tel que proposé ». Le gouvernement n’aurait qu’à changer un peu sa proposition et il pourrait dire aux étudiants – et à la population – voilà, c’est fait!)

Le problème, c’est qu’en tentant d’inclure des associations pro-gratuité scolaire dans leur coalition, c’est comme si les associations pro-gel demandaient gentiment la permission de les récupérer.

En 2005, les grands fourrés – pardonnez-moi – furent les tenants de la gratuité scolaire : ils perdirent beaucoup (du temps en classe, notamment) et gagnèrent peu. Il serait étonnant qu’ils acquiescent avec enthousiasme à une coalition qui ferait d’eux les grands fourrés de 2007. C’est pourquoi, on l’imagine, ils étaient si peu nombreux le 19 août.

En bref, il y a la vertu des pro-gratuité et le pragmatisme des pro-gel. Les seconds ont tout à gagner à s’associer aux premiers, les premiers seront associés malgré eux aux seconds dans l’opinion publique. Encore faudrait-il, pour que cette longue discussion ait un sens, qu’un mouvement solide parvienne à se développer autour du dégel des frais de scolarité.

Ce qui est loin d’être acquis.

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