2007-09-15

Du mouvement, étudiants! #2 : Déjeuner sur l'herbe sans nudité


Publié dans Quartier Libre, volume 15, numéro 2.

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CEPSUM, le 5 septembre 2007, 7 h 45.

Quelques centaines d’étudiants sont réunis dans les gradins entourant le terrain de football pour le déjeuner d’accueil annuel offert par le recteur de l’Université de Montréal, Luc Vinet. Ils mangent leurs muffins, boivent leur café dans des verres en carton en parlant avec des voix bien animées pour une heure si matinale.

Tout à coup, un beat de house. La voix d’Elephant Man. « It’s summertime, ladies looking hot, shaking up what they’ve got. Elephant Man and Kat, come on! » Enfin, les cheerleaders font leur entrée sur l’insupportable tube de l’été « Whine up ».

On se croirait presque sur un campus américain, si ce n’était de la faiblesse technique des meneuses de claques de l’UdeM. Où sont les pirouettes et les pyramides ? Je ne savais pas qu’il suffisait de faire de la danse en ligne avec des pompons sur une chanson glorifiant l’acte sexuel pour être digne du titre de cheerleader.

C’est ce que l’Université a jugé bon de montrer aux nouveaux étudiants réunis pour le déjeuner du recteur. Des cheerleaders pas vraiment impressionnantes – ni si jolies, selon un camarade de sexe masculin – et l’humoriste cancre Stéphane Fallu venu faire des mots d’esprit (« J’ai été étudiant un jour, mais jamais diplômé », a répondu ce dernier à la dame des relations avec les diplômés qui disait « Étudiant un jour, diplômé toujours. »).

Il ne peut y avoir qu’un seul objectif à réunir ainsi les nouveaux étudiants au CEPSUM : leur donner un sentiment de fierté et d’appartenance à cette belle et grande institution qu’est l’UdeM. C’est le moment ou jamais : l’Université doit miser sur ses forces, sur ce qui la rend digne d’être aimée.

Oui, l’Université est aussi – et beaucoup – composée des amitiés qu’on y développe, des activités étudiantes auxquelles on participe, des causes dans lesquelles on s’implique. Ces thèmes furent assez bien abordés lors des différentes allocutions prononcées au déjeuner.

Or, ce qui rend l’université intéressante en tant qu’institution, c’est son but premier : le savoir. Il y a quelque chose de mythique, hors de portée, à cette quête que mènent les gens au sein des universités. Quelque chose qui mérite l’admiration de tous, même si nous n’adhérons pas dans la même mesure à cette recherche furieuse de vérités. Il y a longtemps, on a décidé de créer un lieu pour y réunir les sages, ceux qui savent qu’ils ne savent rien et qui ont décidé de consacrer leur vie à poursuivre cet animal rétif qu’est la vérité. C’est pour cela qu’on va à l’université, pour être en contact avec ces personnes qui n’ont d’autres buts que de savoir.

Mais pour se vendre, l’Université a choisi de se montrer sous son jour le moins admirable : la vague paresse de l’étudiant de premier cycle qui veut son diplôme, qui fait ses devoirs pour le papier qu’il recevra à la fin. C’est au presque cancre en chacun de nous que l’UdeM s’est adressée au déjeuner du recteur. Avec une tentative d’ambiance festive, on laissait oublier qu’apprendre pour vrai, c’est dur pour vrai, mais que ça peut aussi être enivrant. Et que si on s’acharne assez, on se laissera peut-être transformer.

Bref, en tentant à tout prix de faire du marketing académique, l’Université oublie ce qu’elle est réellement. Comme une femme vieillie qui tente désespérément d’avoir l’air jeune grâce à des liftings et des vêtements moulants, elle n’est parvenue qu’à se rendre ridicule.
AJOUT : J'ai essayé de faire une image pour illustrer le propos de ma chronique, mais les connotations vulgaires ne sont vraiment pas voulues. Je suis pas super bonne dans Paint, mais je me suis vraiment amusée, alors...

1 commentaires:

Anh Khoi Do a dit…

Bonjour, Maude.

C'est moi, Anh Khoi, ton collègue du Quartier Libre, soit dit en passant. En visitant un peu plus attentivement le site du QL j'ai découvert ton blogue.

Je me rappelle qu'à la dernière réunion, tu m'avais dit que tu connaissais tout ce qui concerne un mouvement étudiant sur le bout de tes doigts. Eh bien là, j'en ai une preuve éloquente juste à regarder la colonne de droite!

En tout cas, je te souhaite une bonne session en science politique et à une autre réunion (lire: je ne serai pas à la réunion du mercredi).

Salutations sincères,

Anh Khoi